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Le baril de la semaine

Le baril de la semaine (S44)

Une prime de risque, pas des barils perdus

Par Sidy Ali Haidara · 26 octobre 2026


Salut,

Le pétrole a vécu une semaine nerveuse. Voici ce que j'en retiens, et ce que j'en fais.

Mon avis pour vendredi→ Stableentre 106 et 117 $
Brent récent et ma fourchette pour vendredi
Le Brent (contrat à terme, bourse ICE) ces dernières semaines, et ma fourchette pour vendredi.

Ce qui s'est passé

Le Brent de janvier, le contrat qui servira de référence vendredi, est passé de 105,10 $ lundi dernier à 111,70 $ vendredi : +6 % en une semaine, sa troisième hausse de suite et son plus haut depuis six mois. Ce lundi soir, il est autour de 111 $.

Le moteur est presque entièrement géopolitique. Les Houthis du Yémen ont revendiqué des attaques sur des sites pétroliers saoudiens, dont le port de Yanbu sur la mer Rouge, sans que Riyad confirme de dégâts. Aramco a fait évacuer son siège de Dhahran. Et selon le New York Times, les États-Unis et Israël préparent de nouvelles frappes contre l'Iran après les élections américaines du 3 novembre.

Je lis ce mouvement comme une prime de risque qui grossit, pas comme des barils perdus. Les acheteurs paient pour se protéger d'un incident, mais aucune production n'a été confirmée à l'arrêt.

Un chiffre le confirme. Le détroit d'Ormuz reste sous blocus iranien : une vingtaine de navires le traversent chaque jour, contre plus de cent avant la guerre. Mais le pétrole du Golfe a trouvé d'autres chemins (convois, ports de la mer Rouge et du golfe d'Oman, transferts en mer). Selon Kpler, les exportations du Moyen-Orient hors Iran ont même retrouvé leur niveau d'avant-guerre la semaine du 18 octobre, autour de 24,5 millions de barils par jour. Sur l'ensemble du mois, elles restent encore en dessous. Le pétrole sort : ce que le marché paie, c'est le risque que ça s'arrête.

Le chiffre qui m'impressionne

Ce n'est pas le prix, c'est l'écart entre les mois. Un baril livré en décembre coûte 20 $ de plus qu'un baril livré en juin. Autrement dit, les acheteurs paient très cher pour avoir du pétrole maintenant plutôt qu'au printemps. C'est la signature d'un marché qui manque de barils disponibles tout de suite.

C'est encore plus net pour le gazole de Rotterdam : la tonne livrée en novembre vaut 1 494 $, celle de mai 1 222 $. 272 $ d'écart, contre 8 $ il y a un an. L'Europe manque de diesel, et ce manque se paie au comptant.

Le diesel en Europe : le maillon le plus tendu

Le gazole de Rotterdam a pris 3 % la semaine dernière, à 1 494 $ la tonne ce lundi. Sa marge sur le Brent, ce que gagne une raffinerie en transformant un baril de brut en gazole, est autour de 90 $ par baril. Il y a un an, elle était de 22 $.

Pourquoi l'Europe manque de diesel :

  • Les exportations de diesel du Moyen-Orient vers l'Europe sont tombées en septembre à leur plus bas depuis six ans.
  • Fawley, la plus grande raffinerie du Royaume-Uni, est à l'arrêt pour une dizaine de semaines de maintenance depuis début octobre.
  • La Russie limite toujours ses exportations, et le premier pétrolier de diesel russe pour les États-Unis, c'est autant de diesel qui ne viendra pas en Europe.
  • Sur la côte Est des États-Unis, les stocks de diesel sont très bas : elle va continuer d'acheter du diesel européen.

Je lis le gazole européen comme le maillon le plus tendu de la chaîne, plus encore que le brut.

Mon avis pour vendredi

  • Le Brent de janvier entre 106 et 117 $ vendredi soir. Je donne 55 % de chances qu'il finisse au-dessus de 111,9 $ : un léger biais à la hausse, mais surtout une semaine où la prime de risque respire.
  • Pourquoi pas plus de hausse : Donald Trump a exclu toute frappe sur l'Iran avant le 3 novembre, et des médiateurs qataris sont à Téhéran. Le grand catalyseur n'est pas cette semaine.
  • Pourquoi pas de forte baisse : tant que le blocus d'Ormuz dure et que les attaques contre les navires augmentent (32 depuis début octobre, deux fois plus qu'en septembre), je ne vois pas les acheteurs renoncer à leur protection. Je donne 60 % de chances que l'écart entre les deux premiers mois du Brent reste au-dessus de 4 $ vendredi.

Ce qui me ferait changer d'avis

Une annonce de discussions directes et officielles avec l'Iran me ferait passer à la baisse. Un incident confirmé à Ormuz ou à Yanbu me ferait passer à la hausse.

Mes trades sur le desk

Mon desk fictif de 10 millions de dollars ouvre demain. J'y passe deux trades, au prix de clôture de mardi :

  • J'achète le Brent de janvier. En devenant le premier contrat vendredi, il devrait se rapprocher du prix au comptant (environ 116 $), tant que le marché paie aussi cher le pétrole immédiat. Je sors à 107 $ si j'ai tort, à 119 $ si j'ai raison.
  • J'achète la marge du gazole européen (gazole de Rotterdam contre Brent), autour de 90 $ par baril. C'est le maillon le plus tendu de la chaîne. Je sors à 80 $ si j'ai tort, à 109 $ si j'ai raison.

Chaque trade risque au plus 100 000 $, et le résultat sera publié, gain ou perte.

Ce que je surveille

  • Mercredi 28 : les stocks américains (15 h 30) et la décision de la Fed (19 h).
  • Vendredi 30 : fin du contrat Brent de décembre.
  • Vers le 1er novembre : réunion de l'OPEP+ (date à confirmer).
  • Mardi 3 novembre : élections américaines. C'est après cette date que le risque de frappes sur l'Iran remonte.

À la semaine prochaine,
— Sidy Ali

Tu veux lire la prochaine ? Elle sort chaque semaine ici, et je la partage sur LinkedIn. Les chiffres viennent de sources publiques (EIA, ministère de l'Économie, ICE). Ce n'est pas un conseil en investissement.

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